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LE REPUBLICAIN

 

  • Le sahel- Sahara : Enjeux et limites de la conférence d’Alger

  • Édito : L’irrécupérable dignité de l’info

  • Maliba

  • La Situation politique et sécuritaire au Nord

     



  • Le sahel- Sahara : Enjeux et limites de la conférence d’Alger

Le 16 septembre 2010, à Tamanrasset où ils ont décidé d’établir leur état major conjoint, les pays du champ connaissaient relativement bien le périmètre de leur action et la nature du danger à circonscrire : terrorisme salafiste, trafics, enlèvements, libérations aux contours suspects. Véhémente contre le paiement des rançons, l’Algérie redoutait, par ce biais, le renforcement d’Aqmi dont elle estime être la cible principale C’est aussi la ligne de la Mauritanie. Quant au Mali, il est mis à l’index tant à Alger qu’à Nouakchott.

Avec très curieusement l’aval, entre autres, de la France qui aurait dû pourtant se sentir visée par l’histoire du paiement de rançon. Le Niger jusque-là un peu en retrait allait se retrouver au cœur de la tourmente. Le lendemain, sept expatriés sont kidnappés à Arlit et un peu plus de trois mois plus tard, c’est le rocambolesque enlèvement des Français Delory et Leocur en plein centre de Niamey avec son dénouement tragique et son affligeante controverse. Ladite réunion suit celle de Bamako en novembre 2008, puis d’Alger en mars 2010 avec les ministres des affaires Étrangères des mêmes pays du champ. Accorder les violons était le défi majeur.

Mais force est de reconnaître qu’en l’absence de la rencontre au sommet voulue par la partie malienne, une certaine décrispation est notée entre les principales victimes de la zizanie salafiste à partir de mars dernier. Les évolutions de la diplomatie malienne n’y sont pas étrangères. Bamako abrite coup sur coup, en avril et en mai, une rencontre des ministres et une autre des États majors. On est loin de l’ambiance électrique de l’été d’avant où les sécuritaires du G8 et de l’espace sahélo-saharien « at large » réunis dans la capitale malienne soulevaient l’ire d’Alger soucieuse d’éviter une afghanisation du phénomène terroriste.

Ensuite, cerise sous-régionale sur le gâteau algérien, les diplomates du champ condamnent à Bamako et sans équivoque le paiement de rançons aux ravisseurs. Mais en mai dernier, Bamako corrèle la crise libyenne et le cauchemar sécuritaire du Sahel dont les experts craignaient la déstabilisation à un niveau jusque-là inégalé. Le penchant pro-libyen ambiant pouvait faire penser à un épouvantail destiné à calmer les ardeurs de l’Otan.

Avec le temps et surtout en ces heures, il est évident que c’était plutôt un beau travail d’anticipation. Attaqué, Kadhafi a recruté des Ishoumars - déformation du chômeur en Tamasheq - de la sous région pour renforcer ses armées. Mercenaires dans le lexique international, mais de simples salariés dans le contexte de précarité que connaît le Sahel.

Ensuite, le Guide acculé a ouvert ses dépôts d’armes, ce qui eut pour conséquence de rendre disponible pour le trafic un arsenal de type nouveau -missiles- qui ne ferait que renforcer Aqmi. Enfin, dans la débandade, troupes et proches de Kadhafi cherchent les issues de secours et le Sahel via l’Algérie n’en manque pas. C’est d’ailleurs une Algérie hôte d’une partie de la famille Kadhafi qui reçoit les pays du champ. Alger se veut persuasif en invoquant les accords d’extradition le liant à la Libye. Mais coopération judiciaire suppose reconnaissance mutuelle.

Or le pays de Boutef n’en est pas encore là concernant le Cnt. Lequel n’est explicitement reconnu que par le Niger qui doit maudire la nature d’en faire le passage obligé de l’onde de choc libyenne. En politique, l’implicite peut avoir son pesant d’or. Et sans doute, toute la signification de la présente rencontre d’Alger se trouve là. Par la nouvelle dimension des menaces, le Sahel ne peut être la chasse gardée du champ. Boutef sait que l’enjeu de stabilisation de la Libye et celui de la stabilité du Nigeria - lien entre Boko Haram et Aqmi- mondialisent désormais le périmètre qu’il entendait contrôler. Ces enjeux sont aussi la limite des pays du champ. Le reste est simplement une question d’édulcorant.

Adam Thiam

Le Républicain du 08 Septembre 2011.

  • Édito : L’irrécupérable dignité de l’info

Le nouvel ordre mondial de l’information jadis si cher à Amadou Makhtar Mbow quand il dirigeait l’Unesco dans l’hostilité dissuasive des maîtres du monde n’a jamais été une nécessité autant ressentie que durant cette crise libyenne. Figurez-vous aucun débat sérieux sur le principe, la morale et la mise en œuvre de la résolution 1973.

Aucune interpellation sur le bilan des frappes de l’Otan comme si, au lieu de bombes, ce sont des dattes que ses escadrilles larguaient sur Tripoli affamé. Puis des procès en sorcellerie visant soit la Chine soit l’Algérie qui auraient vendu des armes à Kadhafi décrété ennemi public numéro un quelques mois seulement après son périple occidental où de grands présidents ont mangé dans sa main.

Enfin des procès d’intention contre de fragiles sahéliens qui n’avaient d’autre moyen de vivre en paix que d’applaudir un déstabilisateur dont les pétrodollars avaient même pu racheter les regrettables incidents du Ténéré et de Lockerbie.

Où s’arrêtera la dérive d’une presse occidentale sortie de son orbite et de ses normes depuis le 11 septembre 2001 où l’alliance sacrée contre la Jihad des groupuscules a imposé la croisade des superpuissances ? L’élection d’Obama avait presque fait oublier les dérives liberticides de la démocratie la plus ostentatoire au monde.

L’impasse actuelle du libéralisme ajoutée aux calculs électoralistes notamment de Sarkozy ont fait encore reculer les limites de l’éthique. L’Afrique d’ordinaire perfusée prend de plus en plus à grandes louchées, la salade grotesque que lui sert la presse des vainqueurs. Et sa rue s’enflamme, ouvre ses bras pour accueillir Kadhafi donné partout et nulle part à la fois.

A Syrte, au Niger, au Mali, au Burkina Faso. Dans deux cent voitures à la fois, parties sous le nez et sous la barbe des forces qui occupent aujourd’hui la Libye. Qui ont largué des armes aux insurgés. Fabriqué des insurgés. Et avancé au peuple libyen son effort de guerre. En attendant de le récupérer sur le pétrole et sur les marchés pour la reconstruction d’un pays bombardé au Nord d’un continent intoxiqué à mort.

Adam Thiam

07 Septembre 2011.

 

  • Maliba

Faudrait-il parler de jurisprudence, est-ce un signe avant coureur de ce qui attend au Mali. Que nenni. Le Liberia est tellement loin de nos schémas et de nos standards que tout rapprochement pourrait s’apparenter à une approximation d’autres diront une lubie. Et pourtant. Rappelez-vous les contagions presque contre nature physique qui ont conduit aux vents violents de la démocratie se frayant un chemin et qui a embarqué tout le continent. Ses effets d’ailleurs sont en cours sous la forme d’un printemps arabe.

Eh bien ce vent, cette bourrasque devrait-on dire, comme un tourbillon était né des fondations ébranlées du mur de Berlin. Est-il nécessaire d’évoquer, en second lieu, la lointaine guerre froide qui avait fini d’impacter jusqu’au tréfonds de la mentalité africaine, pour ne prendre que ce cas spécifique.

Fort de ces exemples et on en vient au sujet, est-il inimaginable que le projet de constitution soumis à référendum par Ellen Johnson Sirleaf et qui vient d’être rejeté en toute démocratie et responsabilité ait son effet sur le cas malien ?

Au Mali le front du non continue d’être justement au front. Il est d’autant plus fondé à y rester que fort de ce qu’il estime sa revendication légitime et son approche pertinente. Le Président de la République lui-même , dans un aveu d’impuissance, ne reconnaissait-il pas, ces derniers jours, que le Race va courir parce que qu’il n’a pas pu ou su mettre en chantier et exploiter le Ravec malgré les milliards engloutis et dont il ne fait du reste pas cas.

Seulement voilà le Race est plus pourri que jamais et rien n’indique que son toilettage rencontrera les effets escomptés. Dès lors on est en plein bricolage au moment où légitimement le pouvoir va changer de mains (on l’espère), au moment où tout brûle de partout.

Car les feux en cours sont tous nés de l’exercice du pouvoir, du refus de l’alternance ou de virages mal négociés. Au Libéria le peuple s’est librement exprimé. Qu’en sera t-il du Mali quand on sait et c’est un ancien chef d’État africain de passage à Bamako qui le disait, demander son avis au peuple à propos de la loi fondamentale qui le régira ce n’est pas seulement l’amener à glisser un bulletin dans une urne pour dire oui ou non. Surtout que dans le cas du Mali 95% des personnes ne savent pas lire et 95% de ceux qui savent n’ont jamais compris un texte qu’ils n’ont du reste pas vu.

Quand on aime son peuple, on prend le temps de lui expliquer on s’oblige à lui laisser celui de comprendre. Surtout quand on affirme que tout est dédié à ce même peuple et rien pour soi.

S. El Moctar Kounta

07 Septembre 2011.

  • La Situation politique et sécuritaire au Nord

Conférence sur la sécurité et le développement au Sahel / Mohamed Bazoum plaide pour un leadership algérien

Au Palais des Nations du Club des Pins d’Alger s’est ouverte, ce mercredi 7 septembre 2011, la Conférence de haut niveau sur le Partenariat dans les domaines de la sécurité et du développement entre l’Algérie, le Mali, la Mauritanie, le Niger (pays du champ) et les partenaires extrarégionaux. Constat : la situation dans le Sahel s’est totalement dégradée. La région s’est transformée en une véritable poudrière. Les pays du champ et les partenaires se concertent à Alger. 

Cette rencontre est le cadre de discussions sur la lutte contre le terrorisme et le crime transnational organisé ainsi que sur le développement et l’amélioration des conditions de vie dans la région. « Cela témoigne de notre adhésion collective à la mobilisation impulsée par les Nations-Unies contre le terrorisme en tant que menace globale nécessitant une réponse globale grâce à une coopération internationale renforcée », a déclaré Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des affaires maghrébines.

Selon lui, cette conférence est la première du genre dans son format parce qu’elle s’ouvre aux différents partenaires bilatéraux, organisations régionales, système des Nations-Unies et bailleurs de fonds qui sont pleinement associés à l’examen sous toutes ses facettes, et d’une manière orientée vers l’action, des problématiques indissociables de la sécurité et du développement. « Les pays du champ [Algérie, Mali, Mauritanie, Niger] sur la base d’échanges permanent de leurs évaluations respectives sont parvenus à une perception commune de la menace que fait peser sur notre région le terrorisme et ses interconnexions avec le crime transnational organisé. Ils ont aussi convenu d’intégrer de manière opérationnelle la dimension développement et lutte contre la pauvreté en tant que paramètre fondamental pour assurer des conditions de sécurité et de paix durables dans la région», a expliqué Abdelkader Messahel.

Des échanges intensifs ont débouché sur l’articulation d’une stratégie régionale, intégrée et cohérente pour relever collectivement ces défis. Selon lui, les conférences régionales d’Alger de mars 2010 et de Bamako de mai 2011 ont constitué des jalons importants dans ce processus en définissant des principes et objectifs partagés et un mode opératoire fondé sur la mise en commun de nos capacités en matière de renseignement et de capital expérience et l’intensification de la coopération opérationnelle dans la région.

Les pays du champ ont développé un cadre juridique et de coopération à travers des conventions bilatérales, judiciaires et autres, qui se voit conforté er renforcé par les mécanismes mis en place dans le cadre de la stratégie régionale et qui englobe les quatre dimensions politiques (consultations régulières), militaire (avec le Cemoc), sécuritaire (à travers une unité fusion et liaison) et du développement (qui comprend des microprojets au bénéfice directs des populations les plus démunies et de grands projets structurants, à l’image de la transsaharienne). Cette stratégie a permis aux pays du champ d’engager le partenariat et la coopération régionale sur des bases organisée et dans un esprit solidaire, a indiqué le ministre algérien.

Le partenariat devrait également couvrir, selon lui, le volet normatif et l’impératif de tarir toutes les sources de financement du terrorisme, y compris en prohibant le paiement de rançons. Ces revenus permettent en effet aux groupes terroristes d’acquérir des armes, d’attirer de nouvelles recrues, de se procurer de moyens logistiques et d’intendance.

A la recherche d’une criminalisation du versement des rançons

 Au demeurant, le versement des rançons contrevient aux dispositions de la résolution 1904 adoptée par le Conseil de sécurité en décembre 2009. « Il est important que tous les Etats, et particulièrement nos partenaires, nous appuient dans notre effort visant à enrichir l’arsenal juridique international d’un texte criminalisant le versement des rançons qui constituent la source principale de financement des groupes terroristes du Sahel », a déclaré Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des affaires maghrébines.

Les risques liés aux répercussions de la situation en Libye, notamment le flux incontrôlé d’armes de tous calibres vers le Sahel, donnent à cette conférence une dimension particulière. L’afflux des travailleurs migrants qui ont du quitté la Libye font également peser des charges supplémentaires sur les ressources limitées du Mali et du Niger. Ces éléments sont donc à prendre en compte dans l’approche de la sécurité et du développement de la région.

Le ministre malien des Affaires étrangères et de Coopération internationale, Soumeylou Boubèye Maiga, a évoqué les défis qui se posent aux quatre pays du champ frappés par une vulnérabilité structurelle et qui impose une démarche unitaire. Il s’agit de revendication identitaire, de trafic de drogue, Al Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) qui tire ses ressources des rançons. Pour lui, pas moins de 50 tonnes de drogue (cocaïne) transitent par le sahel par an, sur lesquelles les terroristes ont des revenus substantiels. A cet effet, il y a un accroissement de la menace terroriste engendrant des atteintes à la souveraineté de nos Etats. Enfin, il y a le défi du développement et de la bonne gouvernance, ajoute SBM. Il a mis en garde contre une transformation du Sahel en champ de guerre ou d’expérimentation des théories. Mais plutôt de résoudre des problèmes de sécurité et de développement.

Mohamed Bazoum, ministre nigérien des Affaires étrangères, a mis l’accent sur le caractère dialectique des relations entre la sécurité et le développement qui s’est imposé aux quatre pays à la recherche de solutions aux questions de sécurité.

« Le Sahel, une véritable poudrière »

Il a appelé à dépasser la mise en place simple du Comité d’état major opérationnel conjoint (Cemoc) car, selon lui, jusque là ce dispositif n’est pas opérationnel. A l’en croire, l’espoir né de la réunion de Bamako n’a pas fait long feu. « Le moins que l’on puisse dire est que la situation s’est totalement dégradée. La région s’est transformée en une véritable poudrière ». Selon Mohamed Bazoum, le 12 juin dernier, l’armée nigérienne a saisi un véhicule bourré d’explosifs, dont du Semtex qui est une matière servant à fabriquer des bombes extrêmement dangereuses. Des armes de toutes sortes circulent dans la zone, la quantité de véhicules 4x4 mis sur le terrain, le crime organisé et le terrorisme sont des réalités d’aujourd’hui. Mohamed Bazoum s’est dit heureux de la participation à cette conférence de partenaires multilatéraux et bilatéraux, ainsi que des organisations financières de développement. Il a évoqué le lourd tribut payé par le Niger face aux groupes armés et Aqmi, avant de saluer les efforts des gouvernements malien et mauritanien. Selon lui, l’Algérie doit assumer le leadership de cette lutte pour la sécurité et le développement et être à la hauteur. « Les Etats concernés doivent jouer un rôle primordial. Nul ne doit se substituer à eux et agir à leur place », a déclaré André Parant, conseiller diplomatique adjoint du Président de la République française. Il a mis l’accent sur le besoin de ces régions de se développer pour avoir la sécurité.

L’UE met 800 millions d’euros

L’Union européenne est représentée à cette rencontre par son Coordonnateur pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove et Manuel Lopez Blanco. Parlant au nom de l’Union européenne (UE) et de la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Manuel Lopez Blanco a salué l’important rôle de l’Algérie dans cette concertation régionale qui doit se consolider et même s’élargir. « La sécurité et le développement au Sahel est une priorité et un enjeu d’intérêt commun pour les pays de votre sous-région et pour l’Union européenne », a-t-il déclaré. A cet effet, la stratégie de l’UE vise principalement à soutenir l’effort des quatre pays du champ.

 Mais elle est aussi ancrée dans un contexte régional plus large, comprenant le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest. L’Union européenne considère important le dialogue avec les organisations africaines, tout particulièrement l’Union africaine et la Cedeao, ainsi qu’avec les autres partenaires internationaux. L’UE déploie déjà des ressources significatives pour financer des programmes qui répondent aux objectifs de la Stratégie. Selon Manuel Lopez Blanco, le montant total des projets en cours ou programmés au sahel et au Maghreb concernant la stratégie s’élève à 650 millions d’euros. Par ailleurs l’UE dispose d’une enveloppe supplémentaire de 150 millions d’euros pour identifier de nouveaux programmes dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie, selon Manuel Lopez Blanco.                                                  

Boukary Daou                                                     

Envoyé spécial à Alger