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Fait divers

GUERRE DES GANGS À BAGADADJI

Coups de feu, jets de projectiles divers... des jeunes gens se sont affrontés dans une bataille rangée pour défendre leurs territoires

Que s’était-il passé le samedi dernier à Bagadadji ? La question mérite bien d’être posée car le quartier a été secoué ce jour de 10 heures à 13 heures par des tirs d’armes à feu, des jets de projectiles sur les toits des maisons. Selon des témoins de l’événement, c'était une véritable guerre des gangs qui s’était déclenchée dans ce vieux quartier de Bamako. Un témoin raconte qu’il n’a eu la vie sauve que grâce à l’agilité de ses jambes.

L'échange de coups de feu et d'autres projectiles s'est soldé par des dégâts matériels et des blessés dont le nombre n'a pu être connu par la police. Aucune des victimes n’a pris le risque de se présenter dans un commissariat ou dans une structure hospitalière susceptible de la dénoncer. Un des belligérants aurait eu la main droite perforée par un projectile provenant d’une arme de fabrication artisanale.

Après recoupements, nous pouvons affirmer qu’une guerre de gangs a bel et bien eu lieu le samedi dernier à Bagadadji. La cause ? Tout est parti d’une fronde de certains jeunes ressortissants du quartier qui prétendent vouloir empêcher la vente, dans leur secteur, de drogue par des jeunes venus d’autres quartiers de la ville. La vérité ce que ces jeunes de Bagadadji ne veulent plus partager la clientèle des stupéfiants avec ceux des quartiers de Dravela, de Qinzambougou, de Bamakocoura etc.

Pour défendre leur territoire, ils s’étaient armés de gourdins, de machettes, de coupes-coupes et d’armes à feu pour s’attaquer à certaines familles qu’ils estiment être la couverture de leurs concurrents. La bataille a commencé aux environs de 10 heures et des coups de feu fusèrent en direction des familles Sacko, Dramé et Kouyaté, accusées par certains jeunes des familles Touré, d’abriter des stocks importants de drogue et de favoriser l’arrivée des jeunes vendeurs des stupéfiants "étrangers" dans le secteur.

Les familles attaquées ont riposté en utilisant les mêmes types d'armes que les agresseurs. Une bataille rangée de plus de trois heures s’en est suivie. On se serait cru dans un film western. Des simples passants ont reçu des coups de bâtons ou des balles perdues. Ils se sont trouvés au mauvais endroit, au mauvais moment. Les belligérants faisant peu de discernement, tiraient sur tout ce qui bougeait. Des individus ont tenté de profiter de la situation pour perpétrer des actes de vandalisme. Ils en furent empêchés par l’arrivée des policiers du 3e arrondissement.

Les policiers ont eu toutes les peines du monde à rétablir l’ordre. Le camp des ressortissants du quartier de Bagadadji, appuyés par certains «invités» de Niarela, s'en sont pris aux éléments des forces de l’ordre. Des éléments du Groupement mobile de sécurité (GMS), arrivés en renfort, ont utilisé des grenades lacrymogènes pour disperser les différents bataillons et procédé à des arrestations. Certains jeunes furent conduits au 3e arrondissement par le commissaire El Kébir.

A l'interrogatoire, quelques-uns ont reconnu devant le commissaire Cyriaque Dembélé, en charge du 3e arrondissement, que le seul but de leur insurrection était d’empêcher que leur quartier ne devienne un dépotoir des stupéfiants. Ils soutinrent que les ressortissants d'autres quartiers sont en train de transformer leur secteur en un marché de drogue. Face donc à cette situation, ils ne pouvaient pas rester les bras croisés.

INFORMATIONS COMPROMETTANTES : Pourquoi n’avoir pas informé la police, la gendarmerie ou la douane au lieu de s'ériger en justiciers ? Les jeunes interpellés laissèrent entendre que les services de sécurité étaient au courant et qu’ils ne voulaient rien faire. La police a procédé à des perquisitions dans des maisons mises en cause. Mais ces opérations, comme on pouvait s’y attendre, n'ont rien donné.

Les belligérants arrêtés ignoraient que la police était en possession d’informations compromettantes pour eux. Selon ces informations, la plupart des interpellés sont impliqués d’une manière ou d’une autre dans le commerce des stupéfiants. Les policiers leur ont fait remarquer que l’une des familles qu’ils défendaient est surnommée «Colombie» à cause de son implication dans le stockage et la commercialisation des produits illicites. Cette révélation pour le moins flatteuse pour une famille considérée comme l’une des plus grandes de Bamako a ébranlé la fougue des jeunes ressortissants de Bagadadji.

En tentant de se dédouaner et de sauver ce qui pouvait l’être des meubles de la famille en question, le chef du groupe a essayé de mouiller des officiers de l’armée, des juges, des procureurs et des éléments de la police. Il a soutenu que chacun des dealers des autres quartiers possède un protecteur au niveau des structures de l’administration qui lutte contre le fléau de la drogue. L'homme s'est refusé à donner un seul nom des protecteurs supposés des dealers des autres quartiers.

Pourtant en l’écoutant, les policiers ont cru, dans un premier temps, que leur hôte allait dégoupiller une bombe qui provoquerait un tsunami au niveau de l’administration de l'État. Mais la montagne a accouché d'une souris. L’homme ayant vite compris que ses accusations pouvaient le compromettre, s'est fermé comme une huître.

« Avez-vous des preuves ? Vous rendez-vous compte que votre accusation est très grave et pourrait vous mener loin ? », lui a demandé un inspecteur. Sans obtenir de réponse. Tout porte à croire que le jeune homme qui se dit défenseur de son quartier, est adossé à des appuis solides. Il s'exprimait avec tant d'arrogance devant le commissaire Dembélé qu'il avait l'air de savoir qu'il ne séjournerait pas longtemps derrière les barreaux, au cas où on l'y enverrait.

Mais les policiers semblent déterminés à tirer cette affaire au clair en démasquant toutes ses ramifications. Il y va de leur capacité à maintenir l'ordre dans la ville en mettant hors d'état de nuire les trafiquants de drogue qui commencent à s'organiser en gangs pour défendre des territoires. Comme à Medelin ou à Bogota.



Rédacteur(s): G.A. DICKO