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Actualité Semaine du 10 au 16 Décembre 2001
Actualité

INFO-MATIN DU 28/11
RESPECT DES TEXTES OU INTRANSIGEANCE ?
FRONDE OUVERTE CONTRE L’IMMIXTION DE KONARE !

«Si nous ne parvenons plus à respecter les textes que nous nous sommes donné, autant alors présenter des excuses à IBKSi nous refusons d’aller aux primaires, nous commettrons une violation de textes au prétexte commode d’un consensus qui, tel que compris, est contraire à l’esprit de la rénovation… La rénovation n’a plus de sens…» ! Tels sont les propos d’une frange assez représentative de la direction de l’ADEMA, devant l’alternative du consensus qu’une autre frange a tendance à rendre de plus en plus impérieuse. De tels propos, dans les circonstances actuelles dénotent de l’atmosphère au sein de la Ruche ainsi que tout le bien que le camp du 3ème Vice-Président, Soumaïla CISSE, pense de cette soudaine «obligation». Comme on le sait, sont acquis à l’idée de consensus pour le choix d’un candidat trois des quatre postulants à l’investiture de l’ADEMA pour les prochaines présidentielles, d’abord le Premier Ministre Mandé SIDIBE, le 2ème Vice-Président du parti et Maire Central du District Ibrahima N’DIAYE et ensuite le Ministre de la Défense, par ailleurs 1er Vice-Président, Soumeylou Boubeye MAÏGA qui avait demandé au moins 24 heures de réflexion, tandis que le 3ème Vice-Président et Ministre de l’Equipement, Soumaïla CISSE, pour sa part, insistait particulièrement sur le respect scrupuleux des textes internes et statutaires. En effet, aux yeux de celui qui est désigné comme la cause d’une future scission du parti, la maturité consécutive à un nécessaire respect des textes du parti passe par la conduite à son terme du processus des primaires.

Le Paradoxe du respect des textes…

Le paradoxe est qu’aujourd’hui, une campagne se déroule, à l’intérieur du parti majoritaire, pour faire du 3ème Vice-Président le fauteur de troubles par excellence, l’empêcheur de «consensualiser» en rond, quand la position de fermeté, adoptée par Soumaïla CISSE, devrait être plutôt une incitation à la rigueur et au respect scrupuleux des textes qu’une formation à vocation de gestion des affaires publiques comme l’ADEMA s’était pourtant librement donné en guise de signe évident de maturité. En réalité, dans cet imbroglio politico-burlesque qui se joue à Bamako-coura, c’est moins l’instance des primaires que les desiderata opportunistes qui constituent, pour la Ruche, le caractère d’aventure de cette échéance statutaire. Dans cette tendance quasi générale à l’incitation au tripatouillage et dont ne serait autre que ce consensus quelque peu imposé, l’opinion a l’impression que la Ruche a joué à se faire peur et, la récréation finie, peine à rentrer en classe. Le consensus, brandi aujourd’hui comme le summum de la maturité, serait en fait un grave recul dont se rendraient coupables les dirigeants de l’ADEMA, en ce sens qu’il s’agirait ni plus ni moins que de violer les textes statutaires. Certes, les partisans de ce consensus en appellent aux attendus de la conférence nationale ayant en son temps en envisagé l’éventualité. Mais celle-ci est-elle pour autant exclusive d’une saine compétition, au demeurant spécifiquement inscrite à la fois dans les statuts et dans le calendrier politique de la formation et qui, bien conduite, ne pourrait que renforcer davantage les assises et la maturité du parti ? Question sans doute de lecture qu’une certaine manipulation tend à charger le Ministre de l’Equipement, dans sa volonté d’aller jusqu’au bout d’une épreuve à laquelle la formation à volontairement souscrite, comme celui par qui arriverait inévitablement la cassure. Un vrai paradoxe que le respect scrupuleux des textes devienne porteur des Sept Plaies d’Egypte ! 

Remake de la querelle rénovateurs-pro-IBK

Le casus belli, pour les partisans du Ministre CISSE, paraît être la réduction d’une obligation statutaire en simple jeu d’expérimentation à rejeter aux orties, non parce qu’elle aurait subi l’épreuve de la pratique (ce qui n’est même pas encore le cas…) mais justement parce que ne répondant visiblement pas à la volonté d’un homme ou d’un groupe restreint. Dans la conjoncture actuelle, l’épreuve de force entre pro et anti-consensus ressemble fort à un remake de la lutte féroce entre rénovateurs et anti-rénovation, autour de la lecture des textes du parti. Quelle que soit la méthode employée à l’époque, la rénovation avait justement mis en avant le respect des textes pour aller à l’assaut de la citadelle ibékiste. Le point commun est le refus (ou la résistance) d’une frange donnée de la direction à aller au devant de la sanction de la base du parti. En appréhende-t-elle donc l’issue ? Et pour cause, dans les faits, le consensus n’est rien moins qu’une façon de retirer à la base son pouvoir de décision en dernier ressort. Dès lors, la pirouette serait de mettre en avant une éventualité évoquée par le conseil national. Et pour en arriver là, la commission ad hoc, de conciliation à l’origine est en passe de se muer en structure disciplinaire ! Comme nous l’avions souligné dans notre parution d’hier (cf. article p.7 : La dernière chance avant… le chaos?), l’action actuelle de la commission ad hoc du Président Dioncounda TRAORE a connu une très sensible évolution. En effet, constituée au début pour élaborer un code de bonne conduite auquel devraient être astreints les postulants, la structure de régulation a fini par prendre d’autres dimensions, dont justement celle plus importante de privilégier le consensus par rapport à la compétition interne de la sélection, devant les appréhensions d’éventuels risques et du fait justement de l’implication du Président KONARE (dont on sait la position négative sur la question). Du coup, d’instance de dialogue et de concertations, donc de véritable médiation pour réduire la rudesse de la compétition entre les postulants, la commission s’est progressivement octroyée des pouvoirs quelque peu d’obligation, voire sensiblement contraignants. Du fait justement de cette mutation de la commission ad hoc, il est apparu nettement que l’instance disposait de peu d’autonomie par rapport à sa vocation initiale, d’ailleurs un peu oubliée entre-temps. Il est tout autant oublié également que c’est après que le Chef de l’Etat ait réuni les protagonistes ainsi que la direction du parti que la commission ad hoc est née. L’a-t-elle été sur une initiative présidentielle ? En tout cas, si la commission ad hoc est issue d’une concertation interne de l’ADEMA, il reste que la chose est intervenue juste après que le Président de la République ait déclaré sans ambages son aversion des primaires. Hasard de calendrier ou incitation à adopter une position conseillée ? Dès lors, toute opposition à cette option s’avère une rébellion contre Alpha Oumar KONARE. Du moins est-ce là le corset trouvé pour enserrer le Ministre CISSE dont, à l’évidence, la position tranche nettement à la fois par rapport au Chef de l’Etat ainsi que par rapport à une majorité mécanique trouvée, même pas à la direction du parti (ce qui aurait pu être assez discutable), mais justement dans leadership de la direction (ce qui reste tout aussi à prouver). 

Réveil d’une vieille fronde contre Alpha

L’actuelle situation apparaît véritablement comme la fronde contre le Chef de l’Etat dont l’économie avait été faite depuis la prise en otage du congrès extraordinaire. A cette époque, l’implication du Chef de l’Etat, couronnée par la confiscation de la Présidence et du Secrétariat Général du Parti, contenait déjà les germes d’une confrontation inévitable à terme. La querelle interne de l’ADEMA, en cours, est moins une course d’individus à l’ascension de Koulouba (le parti étant devenu un prétexte commode…) qu’une quête d’autonomie d’une partie de la famille des abeilles vis-à-vis d’un Président sortant, dont les aspirations ne coïncident plus forcément avec celles du reste de sa famille politique. En réalité, c’est maintenant que l’ADEMA se trouve à la croisée des chemins, les militants et cadres étant pris entre envisager l’avenir en considérant Alpha Oumar KONARE comme le passé du parti ou en suivant une ligne épousant les vues du Palais présidentiel, comme dans le cas des primaires, mais avec de fortes suspicions quant à la volonté mainte fois réaffirmée de ce dernier de désigner son successeur. Le fait que, dans le cadre du consensus, un éventuel recours au Président KONARE n’ait pas été écarté, en dit plus long sur la réalité d’un véritable choix de la victime expiatoire, en l’occurrence Soumaïla CISSE ! Dans tous les cas, au sein même des partisans du Ministre CISSE dans la direction du parti, l’indexation du porteur de la bannière de l’autonomie face au Président de la République, a fini par créer une certaine lassitude au point que cette importante personnalité, qui n’est pourtant pas susceptible de baisser facilement les bras, avouait qu’au fond, le Chef de l’Etat résoudrait bien des difficultés en désignant (imposer, aurait alors mieux convenu…) un candidat sur qui se rallieraient toutes les sensibilités. Voire ! 

KONARE ne lâche pas prise…

«Un faiseur de Roi ne peut prétendre au trône…», aurait en ce moment lâché le Président KONARE en présence des hérauts de la Rénovation, toute chose significative des profondes divergences entre un Président jamais en réalité sorti des intrigues de Palais avec une vue tout autre de sa succession et un courant qui, non seulement ne brillait pas par son épaisseur idéologique, mais surtout avait totalement abdiqué devant les injonctions de Koulouba. Du coup, ce qui apparaissait comme une modernisation d’une formation confrontée à l’épreuve de dix ans de pouvoir, deviendra une croisade contre un seul homme, sur fonds d’exacerbation d’ambitions personnelles. Ce que la Rénovation a en réalité toujours été, du moins les faits aujourd’hui semblent-ils incliner à le conforter ! Au demeurant, les prémisses de cet échec étaient nettement apparues dès la première sortie du nouveau CE, dans un échange de propos aigre-doux entre Dioncounda TRAORE, le nouveau Président du Parti, soutenant qu’il employait «le mot ‘’Rénovation’’ à contrecœur» et la toute nouvelle Secrétaire Générale adjointe, Mme SY Kadiatou SOW, celle qui avait le plus porté de coups contre le Président démissionnaire IBK, laquelle soutenait que : «Dioncounda est obligé de travailler avec nous». En effet, bien que s’affichant comme au-dessus de la mêlée, il est certain que le Président KONARE a toujours tiré les ficelles des joutes internes à l’ADEMA. Même en le démentant après coup, le Chef de l’Etat semble n’avoir jamais renoncé à son fameux «droit de regard» sur sa succession, comme il a eu l’imprudence de l’avouer en plusieurs occasions avant de se rétracter par la suite. Tout autant qu’au congrès extraordinaire, le Président KONARE est intervenu dans une situation interne, et dans les deux cas, cette intervention a pour but d’orienter les décisions, donc les résultats d’une instance statutaire du parti, émanation de la volonté des militants : hier, le congrès extraordinaire, aujourd’hui les primaires. Paradoxe encore quand, avant les rénovateurs (ou du moins ce qui en reste…), n’est-ce pas Me Mountaga TALL qui récusait au Président KONARE ce rôle d’arbitre qu’il affectionnait revendiquer en longueur d’interventions ? Ce qu’un responsable du MIRIA traduisait ainsi en cette question loin d’avoir trouvé réponse : «Que faut-il faire, dans un match de football, lorsqu’un arbitre perd son sifflet ?»

Yaya TRAORE


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