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INFO-MATIN DU 28/11
RESPECT DES TEXTES OU INTRANSIGEANCE ?
FRONDE OUVERTE CONTRE L’IMMIXTION DE KONARE !
«Si nous ne parvenons plus à
respecter les textes que nous nous sommes donné, autant alors présenter
des excuses à IBK… Si
nous refusons d’aller aux primaires, nous commettrons une violation
de textes au prétexte commode d’un consensus qui, tel que compris,
est contraire à l’esprit de la rénovation… La rénovation n’a
plus de sens…» ! Tels sont les propos d’une frange
assez représentative de la direction de l’ADEMA, devant
l’alternative du consensus qu’une autre frange a tendance à
rendre de plus en plus impérieuse. De tels propos, dans les
circonstances actuelles dénotent de l’atmosphère au sein de la
Ruche ainsi que tout le bien que le camp du 3ème Vice-Président,
Soumaïla CISSE, pense de cette soudaine «obligation».
Comme on le sait, sont acquis à l’idée de consensus pour le choix
d’un candidat trois des quatre postulants à l’investiture de l’ADEMA
pour les prochaines présidentielles, d’abord le Premier Ministre
Mandé SIDIBE, le 2ème Vice-Président du parti et Maire
Central du District Ibrahima N’DIAYE et ensuite le Ministre de la Défense,
par ailleurs 1er Vice-Président, Soumeylou Boubeye MAÏGA
qui avait demandé au moins 24 heures de réflexion, tandis que le 3ème
Vice-Président et Ministre de l’Equipement, Soumaïla CISSE, pour
sa part, insistait particulièrement sur le respect scrupuleux des
textes internes et statutaires. En effet, aux yeux de celui qui est désigné
comme la cause d’une future scission du parti, la maturité consécutive
à un nécessaire respect des textes du parti passe par la conduite à
son terme du processus des primaires.
Le Paradoxe du respect des textes…
Le paradoxe est
qu’aujourd’hui, une campagne se déroule, à l’intérieur du
parti majoritaire, pour faire du 3ème Vice-Président le
fauteur de troubles par excellence, l’empêcheur de «consensualiser»
en rond, quand la position de fermeté, adoptée par Soumaïla CISSE,
devrait être plutôt une incitation à la rigueur et au respect
scrupuleux des textes qu’une formation à vocation de gestion des
affaires publiques comme l’ADEMA s’était pourtant librement donné
en guise de signe évident de maturité. En réalité, dans cet
imbroglio politico-burlesque qui se joue à Bamako-coura, c’est
moins l’instance des primaires que les desiderata opportunistes qui
constituent, pour la Ruche, le caractère d’aventure de cette échéance
statutaire. Dans cette tendance quasi générale à l’incitation au
tripatouillage et dont ne serait autre que ce consensus quelque peu
imposé, l’opinion a l’impression que la Ruche a joué à se faire
peur et, la récréation finie, peine à rentrer en classe. Le
consensus, brandi aujourd’hui comme le summum de la maturité,
serait en fait un grave recul dont se rendraient coupables les
dirigeants de l’ADEMA, en ce sens qu’il s’agirait ni plus ni
moins que de violer les textes statutaires. Certes, les partisans de
ce consensus en appellent aux attendus de la conférence nationale
ayant en son temps en envisagé l’éventualité. Mais celle-ci
est-elle pour autant exclusive d’une saine compétition, au
demeurant spécifiquement inscrite à la fois dans les statuts et dans
le calendrier politique de la formation et qui, bien conduite, ne
pourrait que renforcer davantage les assises et la maturité du parti ?
Question sans doute de lecture qu’une certaine manipulation tend à
charger le Ministre de l’Equipement, dans sa volonté d’aller
jusqu’au bout d’une épreuve à laquelle la formation à
volontairement souscrite, comme celui par qui arriverait inévitablement
la cassure. Un vrai paradoxe que le respect scrupuleux des textes
devienne porteur des Sept Plaies d’Egypte !
Remake de la querelle rénovateurs-pro-IBK
Le casus belli, pour
les partisans du Ministre CISSE, paraît être la réduction d’une
obligation statutaire en simple jeu d’expérimentation à rejeter
aux orties, non parce qu’elle aurait subi l’épreuve de la
pratique (ce qui n’est même pas encore le cas…) mais justement
parce que ne répondant visiblement pas à la volonté d’un homme ou
d’un groupe restreint. Dans la conjoncture actuelle, l’épreuve de
force entre pro et anti-consensus ressemble fort à un remake de la
lutte féroce entre rénovateurs et anti-rénovation, autour de la
lecture des textes du parti. Quelle que soit la méthode employée à
l’époque, la rénovation avait justement mis en avant le respect
des textes pour aller à l’assaut de la citadelle ibékiste. Le
point commun est le refus (ou la résistance) d’une frange donnée
de la direction à aller au devant de la sanction de la base du parti.
En appréhende-t-elle donc l’issue ? Et pour cause, dans les
faits, le consensus n’est rien moins qu’une façon de retirer à
la base son pouvoir de décision en dernier ressort. Dès lors, la
pirouette serait de mettre en avant une éventualité évoquée par le
conseil national. Et pour en arriver là, la commission ad hoc, de
conciliation à l’origine est en passe de se muer en structure
disciplinaire ! Comme nous l’avions souligné dans notre
parution d’hier (cf. article p.7 : La
dernière chance avant… le chaos?), l’action actuelle de la
commission ad hoc du Président Dioncounda TRAORE a connu une très
sensible évolution. En effet, constituée au début pour élaborer un
code de bonne conduite auquel devraient être astreints les
postulants, la structure de régulation a fini par prendre d’autres
dimensions, dont justement celle plus importante de privilégier le
consensus par rapport à la compétition interne de la sélection,
devant les appréhensions d’éventuels risques et du fait justement
de l’implication du Président KONARE (dont on sait la position négative
sur la question). Du coup, d’instance de dialogue et de
concertations, donc de véritable médiation pour réduire la rudesse
de la compétition entre les postulants, la commission s’est
progressivement octroyée des pouvoirs quelque peu d’obligation,
voire sensiblement contraignants. Du fait justement de cette mutation
de la commission ad hoc, il est apparu nettement que l’instance
disposait de peu d’autonomie par rapport à sa vocation initiale,
d’ailleurs un peu oubliée entre-temps. Il est tout autant oublié
également que c’est après que le Chef de l’Etat ait réuni les
protagonistes ainsi que la direction du parti que la commission ad hoc
est née. L’a-t-elle été sur une initiative présidentielle ?
En tout cas, si la commission ad hoc est issue d’une concertation
interne de l’ADEMA, il reste que la chose est intervenue juste après
que le Président de la République ait déclaré sans ambages son
aversion des primaires. Hasard de calendrier ou incitation à adopter
une position conseillée ? Dès lors, toute opposition à cette
option s’avère une rébellion contre Alpha Oumar KONARE. Du moins
est-ce là le corset trouvé pour enserrer le Ministre CISSE dont, à
l’évidence, la position tranche nettement à la fois par rapport au
Chef de l’Etat ainsi que par rapport à une majorité mécanique
trouvée, même pas à la direction du parti (ce qui aurait pu être
assez discutable), mais justement dans leadership de la direction (ce
qui reste tout aussi à prouver).
Réveil d’une vieille fronde contre Alpha
L’actuelle situation
apparaît véritablement comme la fronde contre le Chef de l’Etat
dont l’économie avait été faite depuis la prise en otage du congrès
extraordinaire. A cette époque, l’implication du Chef de l’Etat,
couronnée par la confiscation de la Présidence et du Secrétariat Général
du Parti, contenait déjà les germes d’une confrontation inévitable
à terme. La querelle interne de l’ADEMA, en cours, est moins une
course d’individus à l’ascension de Koulouba (le parti étant
devenu un prétexte commode…) qu’une quête d’autonomie d’une
partie de la famille des abeilles vis-à-vis d’un Président
sortant, dont les aspirations ne coïncident plus forcément avec
celles du reste de sa famille politique. En réalité, c’est
maintenant que l’ADEMA se trouve à la croisée des chemins, les
militants et cadres étant pris entre envisager l’avenir en considérant
Alpha Oumar KONARE comme le passé du parti ou en suivant une ligne épousant
les vues du Palais présidentiel, comme dans le cas des primaires,
mais avec de fortes suspicions quant à la volonté mainte fois réaffirmée
de ce dernier de désigner son successeur. Le fait que, dans le cadre
du consensus, un éventuel recours au Président KONARE n’ait pas été
écarté, en dit plus long sur la réalité d’un véritable choix de
la victime expiatoire, en l’occurrence Soumaïla CISSE ! Dans
tous les cas, au sein même des partisans du Ministre CISSE dans la
direction du parti, l’indexation du porteur de la bannière de
l’autonomie face au Président de la République, a fini par créer
une certaine lassitude au point que cette importante personnalité,
qui n’est pourtant pas susceptible de baisser facilement les bras,
avouait qu’au fond, le Chef de l’Etat résoudrait bien des
difficultés en désignant (imposer, aurait alors mieux convenu…) un
candidat sur qui se rallieraient toutes les sensibilités. Voire !
KONARE ne lâche pas prise…
«Un faiseur de Roi ne peut prétendre
au trône…», aurait en ce moment lâché le Président
KONARE en présence des hérauts de la Rénovation, toute chose
significative des profondes divergences entre un Président jamais en
réalité sorti des intrigues de Palais avec une vue tout autre de sa
succession et un courant qui, non seulement ne brillait pas par son épaisseur
idéologique, mais surtout avait totalement abdiqué devant les
injonctions de Koulouba. Du coup, ce qui apparaissait comme une
modernisation d’une formation confrontée à l’épreuve de dix ans
de pouvoir, deviendra une croisade contre un seul homme, sur fonds
d’exacerbation d’ambitions personnelles. Ce que la Rénovation a
en réalité toujours été, du moins les faits aujourd’hui
semblent-ils incliner à le conforter ! Au demeurant, les prémisses
de cet échec étaient nettement apparues dès la première sortie du
nouveau CE, dans un échange de propos aigre-doux entre Dioncounda
TRAORE, le nouveau Président du Parti, soutenant qu’il employait «le
mot ‘’Rénovation’’
à contrecœur» et la toute nouvelle Secrétaire Générale
adjointe, Mme SY Kadiatou SOW, celle qui avait le plus porté de coups
contre le Président démissionnaire IBK, laquelle soutenait que :
«Dioncounda
est obligé de travailler avec nous». En effet, bien que
s’affichant comme au-dessus de la mêlée, il est certain que le Président
KONARE a toujours tiré les ficelles des joutes internes à l’ADEMA.
Même en le démentant après coup, le Chef de l’Etat semble
n’avoir jamais renoncé à son fameux «droit de regard» sur sa
succession, comme il a eu l’imprudence de l’avouer en plusieurs
occasions avant de se rétracter par la suite. Tout autant qu’au
congrès extraordinaire, le Président KONARE est intervenu dans une
situation interne, et dans les deux cas, cette intervention a pour but
d’orienter les décisions, donc les résultats d’une instance
statutaire du parti, émanation de la volonté des militants :
hier, le congrès extraordinaire, aujourd’hui les primaires.
Paradoxe encore quand, avant les rénovateurs (ou du moins ce qui en
reste…), n’est-ce pas Me Mountaga TALL qui récusait au Président
KONARE ce rôle d’arbitre qu’il affectionnait revendiquer en
longueur d’interventions ? Ce qu’un responsable du MIRIA
traduisait ainsi en cette question loin d’avoir trouvé réponse :
«Que
faut-il faire, dans un match de football, lorsqu’un arbitre perd son
sifflet ?»
Yaya TRAORE |