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LES ECHOS DU 27/11
LUTTE CONTRE LA CORRUPTION:
Comment éviter les pièges de la politisation
La nouvelle phase de la lutte contre la corruption annoncée
par le président de la République sera beaucoup plus compliquée à
cause du climat politique ambiant.
L'annonce par le président
de la République, Alpha Oumar Konaré, de la publication imminente de
nouveaux dossiers dans le cadre de la lutte contre la corruption,
n'est pas passée inaperçue dans les salons feutrés de Bamako. Comme
le disent si opportunément les sages bambara : "quand
la tempête se lève, tout le monde se soucie des effets qu'il porte
sur la tête". Ce n'est pas encore le sauve-qui-peut. Mais le
branle-bas de combat a déjà commencé. Ceux qui se sentent morveux
ont déjà commencé à se moucher.
Une telle annonce de la part du président de la République ne peut
pas manquer de semer l'émoi au sein des nouveaux riches. L'effet
d'annonce a atteint ses objectifs. Le gros gibier a commencé à
sortir du bois avant même que le chasseur s'empare de son fusil.
L'histoire récente nous enseigne que dans le cadre de la lutte contre
la corruption, le président Alpha ne se contente pas des effets
d'annonce. Le nombre élevé des hauts cadres ayant séjourné derrière
les barreaux depuis le début de la lutte contre la corruption, en est
une illustration parfaite.
Des informations prédisent déjà des développements spectaculaires
au cours de cette nouvelle phase de la lutte contre la corruption.
Jusqu'à présent, ce sont des PDG, des directeurs généraux et
d'autres hauts cadres qui étaient épinglés. Aujourd'hui,
apparemment, Alpha a décidé de passer la vitesse supérieure. Si
l'on en croit certaines sources, il part cette fois-ci à la pêche au
gros poisson. Des ministres pourraient être éclaboussés par la
vague déferlante qu'il s'apprête à déclencher.
Le remplacement de la
Commission ad hoc, qui était
chargée d'éplucher les rapports du Contrôle général d'Etat avant
de suggérer une suite à donner aux dossiers, en un Comité de suivi
permanent, participe d'une logique de muscler davantage les arsenaux
de lutte contre la corruption. Le
président Alpha a cru bon de préciser, la semaine dernière, que la
lutte contre la corruption n'est pas un règlement de compte gratuit.
Mais quoi qu'il dise, l'incarcération des personnalités de l'Etat ne
manque pas de faire l'objet d'interprétations.
Lever les équivoques. Surtout que le
contexte politique est favorable à toutes sortes de supputations. Dès
l'annonce de la publication de nouveaux dossiers, des tirs de barrage
ont commencé dans la presse, dénonçant des manoeuvres visant à
abattre des adversaires politiques, des subterfuges pour mettre hors
de circuit les brebis galeuses qui sont plus en odeur de sainteté
avec le chef.
La politique sera davantage présente dans les dossiers de la lutte
contre la corruption. Plus les échéances électorales approchent,
plus les personnalités épinglées auront beau jeu de crier au
complot politique. Il n'est pas impossible de voir des personnalités
en vue au sein de la majorité, retourner leur veste pour trouver
refuge dans l'opposition, dès qu'ils sentiront dans leur dos le
souffle chaud des juges anti-corruption. Ainsi le moindre dossier à
leur encontre pourrait apparaître comme une cabale visant à abattre
un traître.
Cette nouvelle phase de la lutte contre la corruption risque de
compliquer davantage la situation du parti au pouvoir, déjà en proie
à des déchirements à cause des difficultés à mettre en route les
primaires conformément aux textes. Parce qu'aujourd'hui le parti est
divisé en plusieurs camps derrière les différents candidats. Il
suffit que les juges s'intéressent à un des pontes de l'Adéma pour
que cela soit interprété comme un coup porté au camp de celui-ci.
Dans ce cas, une intervention du président Alpha contre un candidat
en faveur d'un autre est un argument facilement vendable dans
l'opinion publique.
Seules des explications
détaillées des actions - or ce n'est pas le fort du gouvernement -
pourrait aider à lever les nombreux équivoques.
Bréhima Touré |