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L'ESSOR DU 2/1/02
LA
FRONTIÈRE OU LA BARRIÈRE
Acceptée par presque tous comme année-charnière, 2002 entame son
premier challenge dans deux semaines. et se prête à plusieurs
lectures
C'est l'année qui
accumule les pronostics les plus contradictoires et les plus péremptoires.
On la présente souvent comme celle de la plus sérieuse mise à
l'épreuve de notre démocratie, en oubliant que celle-ci fut
gravement menacée par le conflit du Nord Mali et par la
crispation politique de 1997-1998. Certains la pensent porteuse
d'un coup de théâtre électoral similaire à ceux qui se sont
produits au Ghana et au Sénégal. (et possiblement en Zambie
ainsi qu'à Madagascar). D'autres prédisent qu'elle verra
l'implosion de l'univers politique malien sous le triple assaut
des complots, des combines d'état-major et des arrangements
contre nature. Beaucoup lui confèrent tout à la fois les
embarras d'une frontière à franchir et la difficulté d'une
barrière à sauter.
Chargée de préjugés et de superlatifs, 2002 est désormais sur
notre calendrier. Il reste à vérifier si elle mérite la
sulfureuse réputation qui l'a précédée. Ou si va fonctionner
une fois encore cette fameuse spécificité malienne. Celle-là même
qui par le passé a atténué les oppositions les plus irréductibles
et coupé le chemin aux scénarios aventuristes. Il serait prématuré
pour le moment de dégager une quelconque tendance qui tiendrait
jusqu'en juin prochain. Tout juste pourrait-on souhaiter qu'à
force de prévoir le pire, ce dernier ne surviendrait pas. Déjà
la première épreuve est à nos portes puisque dans un peu plus
de deux semaines débutera la 23è édition de la Coupe d'Afrique
des nations. En l'état actuel des choses on peut dire que deux
villes sont quasiment prêtes (Bamako et Sikasso) et que trois
autres (Mopti, Ségou, mais surtout Kayes) devront hausser la
cadence pour offrir à nos hôtes un niveau d'accueil acceptable.
Le
Mali est donc en passe de réussir un pari que presque personne ne
le voyait remporter : tenir son scénario de cinq
villes-sites, même si les moins bien loties d'entre elles (Mopti
et Kayes) auront droit à une programmation allégée. Notre pays
aura en relevant ce défi enregistré la métamorphose d'une
Région, celle de Sikasso. Gâté par la nature, le Kénédougou
avait tendance à se laisser vivre sur ses atouts naturels. Il a
finalement pris conscience de toutes les opportunités que lui
offrait sa position de zone-carrefour et s'est secoué de cette
réputation d'indifférence qui lui collait au territoire. Rien
que son engagement enthousiaste justifie déjà partiellement
l'entreprise dans laquelle notre pays s'est engagé. Car si cet
éveil des énergies se maintenait, ce serait un formidable pôle
de développement local qui se créerait à la faveur de la fête
du football africain.
L'après-CAN est peut-être déjà la grande question à se poser
en ce mois de janvier 2002. En lui-même, le déroulement du
tournoi de football ne laisse plus place à d'infinies
interrogations. Tout commencera dans un gigantesque cafouillage,
ainsi que cela s'est fait sans exception à toutes les CAN. Puis
ce qui pourra être rectifié dans le sens de l'acceptable le sera
dans la première semaine. Enfin, le reste se gérera à coups de
compromis à l'africaine et avec, nous en sommes quasi certains,
l'apport actif des simples citoyens eux-mêmes. Le côté sportif
de l'événement - autrement dit, le parcours des Aigles dans la
compétition - ne peut se soustraire à la loi de l'incertitude.
Mais nous avons la conviction qu'avec Henry Kasperczak, le bon
choix a été fait dans la minimalisation des risques.
En homme d'expérience, en "tecnico" consciencieux, le
Franco-polonais parait nous avoir déjà cimenté le collectif
Aigles. Et notre chance est d'avoir au sein de ceux-ci un noyau de
leaders que la compétition motive et que l'amour du maillot
habite. Ces aboyeurs, ces "remonteurs de mécanique"
sont suffisamment présents dans toutes les lignes de l'équipe
pour qu'une défaillance morale collective comme celle qui nous
coûta si cher devant les Eléphants à Sikasso ne soit plus à
redouter. Il restera bien sûr le regret que la lucidité et le
courage de se donner un entraîneur à hauteur de situation soient
venus si tard à la Fédération malienne de football. Mais sur ce
lait là versé, il n'y a aucune utilité à se lamenter.
tout ceci constaté et sans donner l'impression de mettre la
charrue avant les bœufs, il nous parait nullement prématuré de
s'intéresser dès à présent de savoir comment nous digérerons
cette CAN 2002. Le gouvernement, après avoir laissé une large
marge de manœuvre au COCAN, a finalement choisi de suivre lui-même
de très près la phase terminale des préparatifs. Cela était
indispensable pour mettre la pression sur les attributaires des
marchés, pour trouver rapidement des palliatifs opérationnels et
pour faire sentir de manière directe l'implication de l'Etat dans
la réussite de l'organisation matérielle. Tout a-t-il été bien
fait dans la cadence infernale imprimée dans les dernières
semaines ? Tout sera-t-il récupérable et
"recyclable" après l'événement ainsi que prévu dans
le projet Mali 2002 ? Les réponses n'apparaîtront
certainement que dans les premières semaines de mars. Espérons
qu'elles seront rassurantes, car dès ce moment le pays se mettra
en position d'aller aux élections générales.
Concernant celles-ci, la journée d'engagement civique décidée
par le gouvernement vendredi dernier a livré des conclusions
étonnantes. La foule qui s'est pressée pour vérifier
l'effectivité de son inscription sur les listes électorales a
créé un remue-ménage inattendu. Comme presque tout le monde,
nous avions oublié une des leçons pourtant primordiales du 13
avril 1997. Les électeurs maliens sont peut-être désabusés
vis-à-vis de leur classe politique, mais certainement pas
indifférents quant la possibilité d'influer sur le cours des
événements. Il y a cinq ans, le fiasco du premier tour des
législatives avait certes été provoqué par une gestion
calamiteuse des listes électorales. Mais il avait aussi été
amplifié par l'affluence en coup de poing des électeurs, surtout
dans les centres urbains.
L'expérience du 28 décembre dernier constitue donc un utile
rappel à l'ordre. Dans certaines communes de Bamako, le travail
d'identification des électeurs n'avait pas été aussi
satisfaisant qu'énoncé et le ministère de l'Administration
territoriale devrait démontrer sur ce point une vigilance accrue.
Tout comme il doit récupérer l'initiative de certaines annonces
sur les listes et les cartes, initiative qu'il avait imprudemment
abandonnée à l'un de ses prestataires de service. L'on pensait
le spectre du 13 avril 1997 définitivement écarté. Mais le 28
décembre rappelle qu'il hante toujours les préparatifs
électoraux et que son exorcisme exige une coopération sans
faille entre le ministère, la Délégation générale des
élections et la CENI.
2002 est
donc dans nos murs, porteur de challenges pressants dans son
premier semestre, probable hôte de scénarios inédits dans sa
seconde moitié. Le pays est-il en position d'affronter les
premiers et en disposition d'accepter les seconds ? Oui, s'il
conserve ses vertus de solidarité, son inclination à la pondération
et son attachement à la tolérance. Oui, si dans ce qu'il entame il parvient à
e de la direction du parti
Hier
mercredi 03 janvier 2002, le Grand hôtel de Bamako a été ce
qu'il conviendrait d'appeler le théâtre d'un ultime sursaut de
ressaisissement et de retour à la raison par certains par
certains hauts cadres du Parti. Dénommé Appel du 26 décembre,
ce groupe a ceci de particulier qu'il se veut neutre de toute coloration tendancieuse dans le
quiproquo actuel qui traîne au jour le jour le parti déjà
moribond à sa mort définitive.
Ce commando de la rescousse est constituée entre autres de Seydou
Traoré, membre du CE et secrétaire au développement rural,
Adama Soukouna, premier secrétaire chargé des maliens de
l'extérieur, Mme Keïta Fatoumata, présidente du mouvement des
femmes, Alasane Ag Moussa, deuxième secrétaire chargé
de l'organisation de la Convention Nationale.
Pour lever toute équivoque et freiner la mal interprétation
possible de leur action, le groupe s'est d'emblée déclaré mû
par la seule nécessité du moment :la sauvegarde du Parti et la
mise en œuvre d'actions visant à aboutir à un candidat
consensuel. Puisque selon eux, les états d'âme
actuels au sein du parti présagent
un désastre dont ils ne
voudraient pas être complice.
Que reprochent-ils ? Ou plutôt, que
reprochent-ils à l'instance suprême du Parti ?
Entre
autres griefs formulés par cette frange réfractaire du
Parti, on peut noter : les arrangements anti-statutaires
pour combler le manque de onze (11) superviseurs pour la tenue des
conférences électives ; l'impréparation technique et financière
du processus ; la formation d'agrégats de campagnes au détriment
de la collégialité politique ; la non tenue des réunions
d'organisation à 72 heures seulement de la Convention.
Le groupe se dit d'autant plus indigné que nombres des délégués
électeurs venus de l'intérieur du pays se trouvent actuellement
logés, pour ne pas dire séquestrés chez les deux attendus à la
Convention. Le groupe accuse le CE d'avoir tué le débat
politique au sein du Parti en occultant ses textes ou en les
prenant en otage au profit de quelques particuliers aveugles par
des ambitions égoïstes.
Le contournement des primaires est perçu par les signataires de
l'appel comme étant "une solution
miracle" voir une "astuce" mijotée pour écarter
un adversaire commun. Toutes choses qui constituent
selon eux une grave atteinte aux textes du Parti. D'où
leur volonté de se démarquer des
leurs pour que demain ils ne soient l'objet de quelques
accusations ou interpellation par la postérité.
Mahamane E. TOURE
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